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The killer inside me

Littérature noire

Crime : chef d'oeuvre à plus dun titre

On ne s'empare pas du Crime de Meyer Levin innocemment. Ou par hasard. Il y a, d'évidence, tout un cheminement qui amène le lecteur à ces 383 pages d'enquête, de procès et de profils psychologiques dans le Chicago de 1924. L'un des chemins est peut-être celui de James Ellroy, faisant continuellement référence à ce roman sorti en 1956, le plaçant au-dessus d'une pile qui, chez lui, n'est jamais très haute. On peut aussi parvenir à Crime par son auteur, Meyer Levin, qui fut l'un des premiers journalistes, avec le photographe Eric Schwabb, à pénétrer dans les camps de concentration allemands à leur libération par les troupes américaines. Auteur d'une quinzaine de romans, dont une poignée seulement traduits en français, et de moult nouvelles, il est aussi l'un de ceux qui s'élèvera contre la dimension sentimentale du Journal d'Anne Franck, texte qu'il a aidé à faire connaître au grand public américain dès 1952. 
Crime, au-delà de ses qualités littéraires, romanesques, a sa particularité puisque Meyer Levin, jeune étudiant à l'Université de Chicago, a couvert l'affaire, des débuts jusqu'au procès, pour le journal local. Mieux : il était un camarade de classe des deux meurtriers.
L'histoire ? Presque trop simple. Deux jeunes étudiants de 18 ans, issus des meilleures familles juives bourgeoises de Chicago, Artie Straus et Judd Steiner kidnappent et assassinent Paulie Kessler non sans avoir au préalable exiger une rançon de 10 000 dollars. Ils ne le font pas pour l'argent, plutôt pour se prouver qu'ils sont au-dessus des lois, leur lecture tordue de Nietzche les laissant croire qu'ils font partie de ces surhommes. Bien entendu, ils vont commettre diverses erreurs : des lunettes de Steiner retrouvées sur place, à la machine à écrire portative pour les lettres de rançon, en passant par le nettoyage peu discret de la voiture de location souillée de sang...
L'étude sociologique, psychologique de Meyer Levin est magistrale, pénétrant les synapses de ces deux jeunes hommes, dont l'un a une attirance réellement sexuelle pour son compagnon de crime, tous les deux éprouvant une forme de frustration et, paradoxalement, une jubilation en réussissant haut la main leurs études, faisant la fierté de leurs clans respectifs. La deuxième partie du roman se joue au prétoire mais elle n'est pas moins passionnante, empoignant la peine de mort, le désir de vengeance d'une société et élevant Crime à un niveau rare. Les plaidoiries de la défense demeurent d'une actualité confondante, avec ce frisson qui vous parcourt lorsque l'avocat balance un poème d'Oma Khayyam : " que passe ma trace, que mon nom s'efface, du Livre d'Histoire, du Livre de Gloire, je préfère croire, quand viendra mon tour, de mourir un jour, que je serai digne, d'avoir une ligne, Au Livre d'Amour ".
L'auteur a attendu trente ans avant d'écrire ce roman et ce laps de temps, dans sa vie, dans ce qu'il a vécu, donne toute sa dimension à Crime, texte d'une formidable humanité malgré la noirceur du duo de tueurs, autant une étude qu'un vrai moment de littérature. Dix ans avant De sang froid de Truman Capote, Meyer Levin sublime son reportage de jeunesse.

Crime (Compulsion, trad. Magdeleine Paz), ed. Phébus/Libretto, 383 pages, 10, 50 €
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V
Un beau billet pour une lecture ô combien tentante !
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