Littérature noire
25 Août 2025
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La campagne du Sud des Etats-Unis, les blancs, les noirs, la drogue, la violence, la religion... avouons que cela fait quelques années que le filon est exploité. Et brillamment, par des auteurs comme Ron Rash ou Donald Ray Pollock. Henry Wise, avec son Nulle part où revenir, n'est clairement pas de cette trempe.
Will Seems revient dans le comté de son enfance en Virginie où il a vécu il y a treize ans un traumatisme quand son meilleur ami, Sam, noir, s'est fait lyncher à sa place. Aujourd'hui il est shérif adjoint et le père de Sam, justement, est interpellé sur les lieux du meurtre d'un de ses meilleurs amis, Tom. Sur les lieux, on retrouve l'arme du crime, un couteau de cuisine, et les empreintes du paternel dessus... voilà le coupable idéal. Will n'y croit pas et, avec une détective privée de Richmond, va tenter de faire la lumière dans une ruralité miséreuse.
La quatrième de couv du roman parle de "la puissance du style et de la vision" de Henry Wise ! C'est un peu exagéré. Un peu. Parce que le lecteur navigue tout de même dans de sacrés clichés. Celui, d'abord, du type, rongé par la culpabilité, qui revient dans la ville de son enfance pour chercher une sorte de rédemption. Avec le lot de regards en coin, de changements attendus, de questionnements philosophiques. Rayon clichés toujours, certains dialogues manquent d'un brin de légèreté : " la violence n'est pas la solution. Cela provoque une souffrance qui entraîne encore davantage de souffrance... " A deux doigts de citer du Paulo Coelho.
On retrouve également des tournures soit un brin lourdes, soit énigmatiques, du "les seules autres fois où elle s'était retrouvée dans cette position aient été pour administrer une fellation " (Wise est aussi poète est-il avancé) à " les grenouilles martelaient comme des lance-pierres leurs brèves éructations dissonantes tandis que le strident bourdonnement incestueux (?) des cigales enflait et refluait alternativement ". Chapeau bas à la traductrice qui s'est infligée les cigales, les lucioles et autres insectes pendant tout ce roman.
Outre l'interpellation assez facile du principal suspect, glissons aimablement sur la scène comico-sexuelle du meurtre de Tom parce que là, il y a une volonté de surenchère assez évidente.
On peut aimer le style gothique du Sud mais cette impression de lire presque tout le temps le même type d'histoire, avec des gros méchants bas du front, les "fantômes" de la Guerre de Sécession, des femmes fracassées, un soupçon de corruption, sans oublier du sumac vénéneux sinon ce n'est pas le Sud... Le tout surécrit, sans une quelconque nuance. Il y a ce sentiment que Donald Ray Pollock a fait beaucoup de mal aux auteurs américains qui ont souhaité marcher sur ses traces.
Nulle part où revenir ( Holy City, trad. Julie Sibony), ed. Sonatine, 425 pages, 24 e