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The killer inside me

Littérature noire

Le syndrome de l'imposteur : un Rubik's Cube dans le noir

Après trois formidables polars mettant en scène son enquêteur camé à Manchester (SirenesChambre 413, puis Somnambule), Joseph Knox avait brouillé les cartes à travers True crime story dans lequel il se mettait en scène, jouait avec le lecteur. Cette fois dans Le syndrome de l'imposteur, il ne joue pas, il torture. Grand lecteur de littératures policières, l'auteur anglais connaît ses classiques et a gardé le goût des romans tortueux, avec secrets de famille, mec paumé et manipulations. C'est un peu un classique du genre et Joseph Knox n'a jamais prétendu faire autre chose. Cette fois il pousse le bouchon plus loin et cela peut perturber.
Voici Lynch, un escroc sur la fin de sa trentaine qui fuit Paris tout comme son dernier amour, pour rentrer en Angleterre. Sans le sou, dans une allure pas loin du punk à chiens, il tombe littéralement sur Bobbie Pierce qui le confond avec son frère, Heydon, disparu depuis cinq ans. A la recherche d'un lieu pour passer sa première nuit anglaise, Lynch joue la comédie jusqu'au bout, écoutant les malheurs de cette fille de riche famille. Au matin, il se réveille dans une chambre d'hôtel, un coeur tatoué sur la pommette, comme le frère et une Bobbie disparue, embarquée pour son vol vers les Etats-Unis, terminus : une cure de désintoxication. Par message, elle s'excuse pour le tatouage, lui propose d'aller voir sa famille pour se faire dédommager. Sans autre plan, Lynch se rend dans la belle demeure des Pierce. La ressemblance avec le frère absent est telle que la mère, Miranda, autrefois actrice de premier plan, lui propose de prendre la place de son fils Heydon pour aller négocier avec un escroc qui exerce un chantage sur la famille. Moyennant forte récompense. Lynch accepte et met le doigt dans un engrenage qui tient davantage du Rubik's Cube que d'un savant coup de billard !
C'est peu de dire que d'avancer dans Le syndrome de l'imposteur ressemble parfois à une expérience de spéléologie à la bougie. Qui fait chanter qui ? Qui menace réellement qui ? Il y a mille fils à tirer et autant de conclusions hâtives. Ce qui tient réellement le roman c'est ce personnage de Lynch, déboussolé - heureusement - mais mu autant par l'appât du gain que par une volonté de comprendre dans quoi il est tombé. Et puis il a ce petit côté british, une sorte de flegme, de fatigue devant les monceaux d'embrouilles qui lui tombe dessus. On avoue, en revanche, que le nombre de personnages secondaires, hommes de main et agents de sécurité balèzes, floute, sans doute volontairement, la vision globale, créant une forme de maelstrom, entre vertige et ivresse.
Le syndrome de l'imposteur, comme les autres romans de Joseph Knox, est en soi un hommage au genre, agrémenté de ce brin de folie qui caractérise l'auteur depuis ses débuts, avec des scènes de violence maîtrisées, des moments de panique parfaits... Le lecteur oscille entre la rationalité pure et le complot insaisissable. Epatant mais tout de même un brin exigeant. Certains seront sur le cul, d'autres se poseront trop de questions.

Le syndrome de l'imposteur (Imposter Syndrom, trad. Jean Esch), ed. du Masque, 365 pages, 21, 90 €
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V
Je ne connais pas du tout cet auteur mais tu m'intrigues, par quel titre commencer?
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T
Sans originalité, par le premier, Sirènes. Vraiment poisseux avec le décor de Manchester by night.