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The killer inside me

Littérature noire

M, l'heure du destin : quand Benito prend la fessée du siècle

" Mussolini, ce chacal peureux qui, pour sauver sa peau, a fait de l'Italie un état vassal dans l'empire de Hitler... " Les mots sont de Winston Churchill, le 21 avril 1941. Aussi impitoyables que justes.
Avec M, l'heure du destin, quatrième tome de la formidable oeuvre autour de Benito Mussolini, Antonio Scurati dissèque un Duce fanfaron puis perdu, grande gueule puis muet devant le Fuhrer, tout cela entre le 28 juin 1940 et le 25 juillet 1943. Trois années décisives dans le conflit mondial. Trois années de sang et de douleurs.
L'Allemagne envahit la France, puis se lance contre l'URSS. Et Mussolini, inquiet de n'avoir que les restes d'un conflit dans lequel il se voit co-vainqueur, sur son cheval blanc, envoie lui aussi ses armées à l'assaut. Dans les Alpes françaises, fin juin 1940, c'est une méga rouste qui attend ses troupes avec pas moins de 642 morts, plus de 2000 blessés, 600 disparus en quatre jours et heureusement que l'armistice sonne la fin du massacre. Mal préparée, largement sous équipée, aveuglée par son alliance avec Hitler, l'armée italienne va continuer de se casser les dents un peu partout.
En Lybie, elle veut faire reculer l'armée anglaise mais se fait vite prendre à revers, massacrée dans le sable, au point que le Fuhrer juge préférable d'envoyer un de ses meilleurs officiers, Rommel. Une humiliation pour Mussolini.
En Grèce, que le gouvernement fasciste rêve de conquérir, là aussi, les Italiens sont battus à plate couture par des Anglais organisés, soutenus par des commandos grecs acharnés. La déroute italienne va se poursuivre jusque dans les campagnes albanaises.
Enfin, il y a le front de l'Est sur lequel Mussolini a voulu absolument être présent. Cette fois c'est une quasi boucherie au cours de laquelle 50 000 Italiens vont perdre la vie dans des conditions dantesques face à une Armée Rouge démesurée.
Avec son souci du détail mais tout autant du romanesque, Antonio Scurati écrit le journal d'un dictateur fou, qui en vient à mépriser son propre peuple, d'abord dans les couloirs de ses palais puis publiquement. Pour offrir différents angles à ce récit XXL, et apporter autre chose que la psychopathie du personnage principal, l'auteur marche dans les pas de la fille du Duce, infirmière partie sur le front, qui échappe de peu à la noyade après un bombardement britannique en Méditerranée, puis choisira de servir sur le front de l'Est. Il y a aussi ce sicaire Amerigo Dumini, beau spécimen de psychopathe également, canaille infâme, assassin du député socialiste Matteoti, parti s'enrichir en Lybie, fait prisonnier par les Anglais et, alors, objet de toutes les suspicions. Pour compléter le tableau, le lecteur enfile la vareuse congelée du sergent Mario Rigoni, le plus humain de tous ces personnages, en déroute sur les rives du Don : " seuls les soldats de Staline peuvent se lancer dans une telle entreprise. De la neige piétinée et rougie par le sang s'élèvent les gémissements des blessés qui agonisent "maman, maman ". " Avec un talent qui n'est plus à démontrer, Antonio Scurati plonge au coeur des escarmouches, des batailles, toujours du côté de ces perdants italiens qui tombent dans les dunes, comme dans la neige, le plus souvent le dos tourné à leur ennemi, tant ils sont dépassés, en nombre, en technologies. Trois années comme un long cauchemar, sur tous ces théâtres de guerre.
Si les précédents tomes étaient, forcément, beaucoup plus axés sur une violence politique, sur les intrigues, cette fois le lecteur plonge réellement dans la Seconde Guerre Mondiale et dans l'hystérie d'un Duce incapable de mesurer la faiblesse de son armée et la puissance de ses adversaires.
Encore une fois, ce M : l'heure du destin se lit avec une aisance incroyable pour un tel sujet, une lecture, il est vrai facilitée par ces chapitres très courts, ces changements de personnages, de lieux également, de Tripoli, à Rome, de Naples à Salzbourg. Et, toujours, en exergue, des extraits de journaux, de correspondances ou encore des écoutes téléphoniques.
Le dernier tome, M, la fin et le début, est déjà sorti de l'autre côté des Alpes.

M, l'heure du destin (M, L'ora del destino, trad. Nathalie Bauer), ed. Les Arènes, 690 pages, 24, 90 €
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