Littérature noire
17 Novembre 2025
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Bon sang ! Le coup de maître de Jakub Szamalek : réaliser un polar politique à 410 kilomètres d'altitude, dans la station ISS. Nouer une intrigue entre combinaison triple épaisseur, microgravité et nausées, ce n'est pas une petite performance. Mais voilà, l'auteur de Tu sais qui aime les défis et surtout possède un vrai talent pour animer des environnements a priori contraires aux codes du polar. Parce que clairement dans une station spatiale internationale, c'est assez difficile de réaliser des poursuites. Même à pied. C'est même ardu d'organiser une fusillade. Et pourtant La station met une pression constante, un crescendo forcément plus angoissant dans le cadre d'un huis clos total, où la porte de sortie donne sur rien, sinon un grand vide.
Voici donc Lucy Poplaski, astronaute américaine reconnue, qui arrive en août 2021 à l'ISS en tant que commandant, accompagnée d'Anton et Lev, deux confrères Russes. Elle rejoint le reste de l'équipage US, un botaniste, un ancien pilote et une "touriste" milliardaire qui s'est payée un voyage de luxe. Les journées devraient être rythmées par le travail, les expériences et les mille et un devoirs à bord d'un tel engin. Des tâches qui ne peuvent masquer une certaine tension entre les deux communautés, pourtant reliées par un contrat de coopération : le problème c'est que la Russie a de plus en plus de mal à boucler ses budgets spatiaux et les Américains se tournent, en sous main, vers un opérateur privé, Space X. Pour les Russes, premier peuple à envoyer un homme dans l'espace, l'abandon de l'espace serait un affront insupportable. Et une association avec la Chine ne leur rendrait pas forcément une place de choix. Mais pas le temps de parler politique puisqu'une tempête solaire est annoncée et tout l'équipage se calfeutre dans son module, dans ses cabines. A la sortie de l'alerte, Houston alerte Lucy qu'une fuite d'ammoniac, inodore pour l'instant, est détectée. Il faut trouver la source pour éviter un retour prématuré sur Terre. La paranoïa s'installe. Et va grandir.
En quelques rotations autour de la Terre, La station parvient donc à développer une vraie intrigue, sur fond de crise politique internationale et va même jusqu'à offrir les prémices d'un couple qui se déchire, celui de Lucy et de son mari, devenu " homme à la maison ", l'auteur inversant ici avec talent les habituelles crispations au foyer.
Non vraiment, Jakub Szamalek réussit quelque chose d'assez rare, c'est d'emmener le lecteur sur un terrain relativement inconnu, au coeur d'un théâtre diplomatique tout aussi peu fréquenté. Car, on peut se l'avouer, nous ne sommes pas trop au fait des jeux de domination en orbite, savoir si les Etats-Unis sont en cheville avec la Russie, ou va préférer les bases de lancement d'Elon Musk, en se demandant comment la Chine va répliquer... Non, c'est déjà assez illisible sur la terre ferme, alors, dans l'espace.
Et voilà pourquoi La station est l'une des excellentes surprises de cette rentrée en littérature noire. Avec les romans de Paulin, Michaud et Dierstein, le quartet est bouclé, vous pouvez préparer vos cadeaux de Noël.
La station (Stacja, trad. Kamil Barbarski), ed. Métailié, 369 pages, 23 €