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The killer inside me

Littérature noire

White city : " s'il vous plaît, pas avec la hache "

En voilà du polar de haute facture. White city parle de braquage, de voyous et de caïds, mais White city évoque aussi une ville de Londres après-guerre, entre rues bombardées et communautés caribéennes appelées à la rescousse pour reconstruire mais tellement ostracisées. White city est dense mais parvient à tenir son fil, à raconter une authentique histoire et même des histoires.
Le 21 mai 1952, dans Eastcastle street, pas loin d'Oxford street, donc au coeur de Londres, sept braqueurs, à bord de deux voitures, bloquent un fourgon postal et dérobent l'équivalent aujourd'hui de 8 millions de livres. C'est le plus gros casse de l'histoire britannique.
Dave Lander est une des chevilles de braquage. Il est un des hommes de confiance de Mother qui lui même est le bras droit de Billy Hill, caïd londonien sans partage. Surtout Dave Lander est un flic infiltré d'une brigade dissoute puis clandestinement reconstituée pour traquer les flics ripoux. Lui ne sait plus où sont les limites, les règles, la loi. Après le vol, quatre complices sont tout simplement exécutés pour éviter toute fuite... et s'arroger une plus belle part du magot. Parmi ces victimes, il y a le mari de Claire, jeune femme bien sous tous rapports que Mother va aider à trouver un job pour assurer l'éducation de ses deux enfants. Il y a également un facteur jamaïcain, époux de Stevie, femme perdue dans l'alcool, qui vit avec ses deux jeunes filles métisses. Dans cet Est londonien en pénible reconstruction, ces destins, baignés dans la violence, vont se croiser et grandir.
Il a été écrit ici et là que Dominic Nolan empruntait autant à Peace qu'à Ellroy. Et ce n'est pas faux. Le premier, on le retrouve notamment dans ce personnage torturé de Dave Lander, carburant aux cachets, veuf, ancien soldat capable d'une violence déraisonnée, finalement prêt à tout pour survivre, entre bien et mal. Un homme perdu, trahi doublement. Pour ce qui concerne le Dog, c'est d'abord dans la fine broderie autour de cet authentique fait divers de 1952 que se situe l'analogie tout comme dans la construction historique savamment détaillée. Quand Nolan donne une belle place aux parcours des enfants des braqueurs assassinés, cela peut paraître caricatural puisqu'il il suit, au fil des années, un garçon, Ray, issu du prolétariat anglais et la jeune fille métisse, Addie, du postier jamaïcain. Mais c'est sans nul doute la réalité d'une société en crise qui découvre une immigration. Et c'est l'occasion pour l'auteur d'évoquer les premières tensions raciales et ça, également, ne déplairait sans doute pas à l'auteur de la trilogie Lloyd Hopkins.
White city a du souffle, de l'épaisseur et s'il est un peu ardu d'y entrer dans les trente premières pages, le temps de poser les quelques personnages, la suite se lit avec la gourmandise des très bons polars. Dominic Nolan a ce talent pour peindre la misère et la chaleur de certaines relations, il a aussi une vraie plume pour tisser cette jeunesse dans les ruines, entre petits boulots et assiettes de haricots vite expédiées. Voilà une nouvelle voix du roman noir britannique.

White city (trad. David Fauquemberg), ed. Rivages, 553 pages, 24, 50 €
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