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The killer inside me

Littérature noire

La maison vide : ce serait dommage de passer à côté

Qu'écrire sur La maison vide alors que tant a déjà été fait, dit ? L'auteur, lui-même, dans des entretiens d'une rare humilité et d'une belle sincérité s'est volontiers expliqué, confié.
Oui, c'est un grand roman. Parce que Laurent Mauvignier possède une plume éblouissante d'ampleur, jamais ampoulée, toujours juste dans l'émotion et authentique avec le lecteur, " ici, je ne fais que des suppositions, des spéculations - du roman - c'est ça, je ne fais que du roman -, mais je crois que si ce que j'écris ici est un monde que je découvre en partie en le rêvant, je ne l'invente pas tout à fait. "
Parce qu'au-delà de ce style moulé dans des phrases sinueuses comme des routes de campagne, il y a le défi de l'auteur d'écrire une histoire familiale, son histoire familiale, à partir de deux ou trois éléments avérés. Le suicide de son père. Cette maison héritée près de Tours. Une Légion d'Honneur qui traîne par là. La construction du roman a tout de classique, chronologique, mais elle prend des allures d'Histoire de France. Notre cerveau de lecteur ne pouvant s'empêcher d'aller chercher, tout le temps, des références, on pense à Balzac avec le vieux bourgeois Firmin, puis à Céline dans les tranchées de 14-18, peut-être Au bonheur des dames avec Marguerite en boutique. Et même à Depardon pour les images éternelles de la ruralité française.
La maison vide, pas avare en niveaux de lecture, raconte avant tout ce destin de trois générations de femmes, depuis l'arrière-arrière grand-mère, " préposée aux confitures et aux chaussettes à repriser " dont le prénom est tu jusqu'à la disparition de tous les hommes, en passant par Marie-Ernestine, pianiste douée à l'avenir broyé dans un mariage arrangé et enfin Marguerite, enfant jamais désirée. L'auteur insiste presque avec Marie-Ernestine, mais elle a cette position centrale de fille et de mère dans le roman, pour montrer le poids, clair, réel, du patriarcat dans les sociétés du début du XXe siècle et l'émancipation qu'offre la culture, en l'occurrence le piano mais aussi la littérature, à travers une collection des Rougon-Macquard qui va traverser les années.
C'est dire si La maison vide s'impose comme un classique, un de ces textes dont on se souviendra pour mille et une raisons. Et peut-être avant tout parce qu'il vous parle intimement.

La maison vide, ed. de Minuit, 744 pages, 25 €
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