Littérature noire
27 Décembre 2025
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Et notre amour pour Philip Kerr n'en finit pas de grandir. Bien entendu que nous avions cette sorte d'affection complice avec Bernie Gunther, flic allemand chez les nazis "malgré lui". Depuis Les ombres de Katyn à La femme de Zagreb ou L'offrande grecque, la série mêle l'Histoire, les intrigues et ce flegme british inimitable. Mais il ne faut pas oublier les romans d'anticipation absolument remarquables, de Kerr, au premier rang desquels Une enquête philosophique, que n'aurait pas renié Philip K. Dick. L'oeuvre de Philip Kerr est plutôt sous-estimée mais ses fans s'accrochent pour diffuser la bonne parole. Et puis voilà que l'on découvre une série qui pourtant était tout sauf cachée : celle de Scott Manson. Parce que Kerr est Ecossais et forcément un dingue de ballon rond. On lui prête même une passion pour Arsenal. En tous les cas, il connaît le football comme peu d'auteurs en sont capables. On ne parle pas des auteurs français attention ! Le football, ce n'est définitivement pas un truc de Français. Des observateurs comme Kerr, il y a sans nul doute que David Peace.
Ici, dans Le mercato d'hiver, Scott Manson est, au milieu des années 2010, l'entraîneur de London City (club fictif), propriété d'un oligarque russe. Ancien joueur, passé par la case prison pour un viol avant qu'un non lieu ne soit prononcé, il a gagné ses galons de coach du côté du Barça, du Bayern avant d'atterrir à Londres. A 40 ans, il obtient des résultats, est apprécié de tous. En premier lieu, du manager du club, le Portugais Zarco, personnage fantasque mais efficace comme seul le football peut en créer. Ou pouvait en créer. Car un soir de match face à Newcastle , il est retrouvé mort, tabassé, dans un coin reculé du stade.
Bon l'intrigue ressemble un peu à un Cluedo dans un hiver londonien mais on est surpris par le réalisme d'un Scott Manson qui s'improvise enquêteur, par haine de la police et par amitié pour le défunt. Surtout, le lecteur amateur de foot à l'anglaise se régalera de la culture de Kerr autour de West Ham, de Millwall, de Liverpool, de Sir Alex Ferguson, s'inventant même un but façon Bergkamp (Newcastle-Arsenal 2001). Pas dupe sur la folie que représente le foot (" l'homme a mis des milliards d'années à sortir de l'état de bête sauvage, mais il ne lui faut que 90 minutes un samedi après-midi pour y retourner "), Philip Kerr glisse ici et là quelques tacles sur la Football Association qui gère le foot anglais, sans oublier son humour " non moins lasse que son visage, sa voix ressemblait au bruit qu'on fait en cherchant une station sur une radio à ondes courtes. Il parlait avec un vague accent sud-africain. "
Ce mercato d'hiver est une vraie douceur pour quiconque aime conjuguer une intrigue et une belle reprise de volée à seize mètres. Et si vous aimez l'un, ici, vous aimerez l'autre.
Le mercato d'hiver (January window, trad. Katalin Balogh et Philippe Bonnet), ed. du Masque, 447 pages, 20 €