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The killer inside me

Littérature noire

14 juillet : la corruption, cette belle tradition française

Dernière salve de l'ambitieuse trilogie de Benjamin Dierstein dans la France politico-policière de la fin des années 70 au milieu des années 80. 14 juillet résonne comme un feu d'artifice avec son lot de flingages, d'attentats, de coups fourrés et coups pourris.
Difficile de résumer, une fois de plus, un roman de plus de 800 pages qui mêle autant d'intrigues. Les habitués retrouveront donc Vauthier, le mercenaire quinqua, presque recyclé dans le monde la nuit parisienne, et qui reste obnubilé par la traque de la terroriste Khadidja. Il y a Jacquie Liénard, inspectrice, nommée auprès de la cellule antiterroriste de l'Elysée, pétrie d'idéaux de Justice... hélas a-t-on envie d'ajouter. Et puis Gourv, ex-flic, ex-indic de Liénard, devenu expert artificier pour les mouvements révolutionnaires et toujours mari et père désespéré. Sans oublier Marco Paolini, concurrent de Liénard à l'école de police, devenu, par lien familial, une petite main du SAC, tandis que son épouse travaille pour le cabinet Pasqua. Voilà les personnages. Baignez-les dans l'attentat de la rue des Rosiers, l'affaire des Irlandais de Vincennes, l'amnistie présidentielle de 1981, la fièvre du FLNC, la poudrière libanaise, sans oublier les nuits camées de Paris et l'arrivée du Sida, vous aurez une première idée de 14 juillet.
Alors, certes, le roman part un peu dans tous les sens. Le lecteur doit bien s'asseoir pour passer des rails de coke d'Yves Mourousi, aux ruines de Beyrouth Ouest, aux domaines de chasse présidentiels et aux routes corses. Mais, si c'est parfois brutal, comme dirait l'arbitre Stéphanie Frappart, " ça glisse ". Il faut rendre justice à Benjamin Dierstein : sa verve, son enthousiasme l'emportent. Le roman avance, jonglant avec quelques respirations faites de pseudos notes confidentielles, de Unes de journaux, d'écoutes... une forme reconnue pour rebooster la narration et apporter une autre façon de lire. Mais il y a avant tout une vraie dimension romanesque, avec ces personnages, tous gris, jamais d'un côté ou de l'autre, autant déchirés par leurs convictions que par leurs épanchements sentimentaux.
On regrette juste deux petits détails. Cette façon d'insister sur les tubes de cette période, de Téléphone à Balavoine, et, dans la même veine, de raconter tous les programmes télé... on sent la volonté d'imposer une ambiance, mais il y a un côté un brin forcé, quasi répétitif. L'autre léger détail, c'est le côté folklore, comme dans le précédent roman, du passage en Corse.
Pour le reste et comme l'a dit l'auteur avec à propos lors de son passage à La Grande Librairie, " ce n'est pas réinventé, c'est inventé ". Et rien que pour cela, chapeau bas. Il y a une certaine jouissance à remettre les mains dans ce cambouis de corruption, d'ordures politiques, de guerres des polices. Comme un horloger, Benjamin Dierstein, règle tout cela avec une certaine minutie, l'impression de chaos étant parfaitement contrôlé, pour parvenir à une fin réussie et explosive.

14 juillet, ed. Flammarion, 834 pages, 24, 50 €
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