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The killer inside me

Littérature noire

Big Man : noblesse de la working class

" Des années durant, ils avaient été conditionnés, cantonnés à des boulots sans avenir et des queues d'allocations chômage, à fouiller des fonds de poche vides, à apprendre à additionner leur amertume et leur désenchantement pour en faire payer un autre individu tout aussi désemparés qu'eux-mêmes. "
William McIllvanney (1936 - 2015) a écrit avec parcimonie mais chacun de ses romans semblent porter la marque de ses origines prolétaires, la marque d'une lutte pour une vie juste et honnête. Big Man a été publié en 1985, entre deux aventures du flic Laidlaw. Que le lecteur aperçoit d'ailleurs dans ce roman, quelques instants au bras d'une femme, avant d'être évoqué par le personnage principal Dan Scoulan.
Celui-ci est un jeune homme marié et père de deux enfants, chômeur intermittent, dans un village de l'Ayrshire, la campagne à l'ouest de l'Ecosse, pas loin de Glasgow. Dan est une force de la nature, pas un querelleur mais qui n'a jamais perdu une bagarre. Elevé à la dure en somme. Généreux, lucide, pétri des valeurs de sa communauté, son couple traverse aujourd'hui une tempête. Il ne sait plus comment aimer Betty et les difficultés économiques n'aident pas. Alors quand, au détour de deux coups de poing au pub local, on lui propose un combat à mains nues avec une belle somme à la clé, il accepte. Même s'il comprend que l'organisateur, Matt Mason, n'est pas un industriel du sucre d'orge. Dan va s'astreindre à trois semaines d'entraînement intense. Sans cesser de s'interroger sur Betty mais également sur son rôle dans ce combat.
Big Man possède tous les atours du grand roman noir social. Y compris une forme de bavardages dans les premières pages, qu'il faut savoir enjamber pour entrer dans le coeur de cette histoire d'homme torturé par sa destinée. Parce que McIllvanney était un homme torturé par sa naissance prolétaire, au milieu des mineurs, et devenu un enseignant de littérature reconnu, un auteur mondialement salué. Alors, il malaxe les états d'âme de Dan Scoular, il les tourne, les confronte, les pèse. Et se demande pourquoi deux hommes, deux boxeurs, que rien n'oppose fondamentalement, iraient se mettre sur la gueule pour que deux autres hommes, clairement gangsters, règlent leurs comptes. Pour l'argent. Mais la réponse ne satisfait pas Dan. Ne le comble surtout pas.
C'est un peu facile à dire, c'est sans doute même un brin idiot, mais on ne retrouve plus aujourd'hui de romans noirs avec cette profondeur de réflexion. Il est tout aussi vrai que l'on ne retrouve plus aujourd'hui d'héritiers du monde ouvrier, depuis longtemps laminé et enterré. Big Man est d'autant plus précieux qu'il évoque un univers de solidarités perdu. Un sacré livre.

Big Man (trad. Freddy Michalski), ed. Rivages, 346 pages, 9 €
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V
un sacré enthousiasme ! Belle année à toi !
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T
Bonne année également Violette