Littérature noire
27 Janvier 2026
/image%2F1884005%2F20260122%2Fob_be0273_50964950-2058078730906461-406554549326.jpg)
Auteure trans argentine, Camila Sosa Vilada est une voix unique dans la littérature depuis Les vilaines, paru il y a cinq ans. A un peu plus de quarante balais, elle raconte le quotidien d'une prostituée, d'une prolétaire, des quartiers oubliées de la capitale argentine ou des villages perdues, les rapports avec les amants furtifs, les clients qui schlinguent, les autorités sadiques.
Je suis une idiote de t'aimer, déjà en lice pour le meilleur titre de l'année, est un recueil de neuf nouvelles, de l'histoire d'amour la plus improbable jusqu'à un conte sombre sur la situation trans. Sosa Vilada a quelque chose de Bukowski dans sa manière de se mettre à poil devant le lecteur. Mais là aussi, c'est sans exhibitionnisme, plutôt une façon de s'immiscer dans un monde différent. La première nouvelle, qui donne son nom au recueil, est celle de Maria, coiffeuse le jour, prostituée la nuit, dans les bouges de Harlem. Au petit matin d'une soirée de bourbon et de fumée, Billie Holiday débarque avec Louis Armstrong et c'est le début d'une affection, d'un amour déchirant.
Sosa Vilada touche juste quand elle évoque l'enfance, les difficultés à grandir, comme dans Ne reste pas trop dans la fange, avec ce père autoritaire, alcoolique, violent, " la pitié est une vertu qui ne traîne pas dans les parages. Ici, il y a tout juste la vie de ces enfants qui pleurent en cachette la fuite de leur mère. "
Camila Sosa Vilada confirme son talent de conteuse mais dévoile aussi la richesse de son imaginaire typiquement sudaméricain avec force créatures cauchemardesques. C'est fort et c'est beau.
Je suis une idiote de t'aimer (Soy una tonta por quererte, trad. Laura Alcoba), ed. Métailié, 197 pages, 21 €