Littérature noire
29 Janvier 2026
/image%2F1884005%2F20260123%2Fob_5517de_9782264087270.jpg)
C'était peu de temps après les attentats de Khaled Kelkal mais bien avant ceux de Mohamed Merah. Ou de Charlie Hebdo. Mars 1996, le coeur de l'Europe respire à peine dans une effroyable guerre des Balkans qui n'est pas complètement finie. Une poignée de Français, engagés auprès des musulmans bosniaques, en est revenue, autant brisée que fanatisée. Ils vont être le noyau du Gang de Roubaix, déclenchant une violence inédite, maniant la kalachnikov avec un calme sidérant, n'hésitant pas à tirer sur les forces de l'ordre, à tuer un innocent. A l'image de l'assaut du RAID lancé le 29 mars 1996 sur un appartement de la rue Henri-Carrette à Roubaix : un déchaînement de fureur, une riposte que les policiers n'imaginaient pas. Et c'est par cette scène dantesque que s'ouvre Le gang de Roubaix, la très belle enquête de Stéphane Maurice.
Alors, 1996, cela pourrait paraître si loin. Mais le livre a la bonne idée de glisser qu'il y a, d'abord, une forme de continuité dans la violence terroriste, un fil. En précisant toutefois que le gang de Roubaix n'a justement jamais été poursuivi pour terrorisme mais bien pour des braquages, des tentatives de meurtres et des meurtres. Jamais, la radicalisation de Christophe Caze, de Lionel Dumont ou des autres membres partis combattre en Bosnie dans la brigade El Moudjahed, n'apparaît dans leurs actions en France. Jamais ils ne revendiqueront une quelconque appartenance à un groupe. Mais ils clameront toujours leur foi dans l'islam. Une ambigüité.
L'enquête journalistique se veut minutieuse, s'attachant surtout à la fuite de Lionel Dumont, personnage hautement romanesque, de ses études de médecine, à son engagement puis son évasion de Bosnie, jusqu'à son procès et sa condamnation à 25 ans de prison, sa libération et sa nouvelle interpellation en Grèce...
Rien ne manque, jusqu'au récent procès, en novembre 2025, d'un des derniers qui avait jusque là échappé à la Justice, Seddick Benbahlouli, et condamné à 20 de réclusion. Une histoire vraie de foi, de calibres et de sang. Plutôt effrayante.
Le gang de Roubaix, ed. 10/18 - Libération, 191 pages, 8, 30 €