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The killer inside me

Littérature noire

Whalefall : ça, Coustaud, il ne l'a jamais fait

Il est question de père et de fils. Le premier, Mitt Gardiner, s'est suicidé en pleine mer, se sachant condamné par un cancer. Le second, Jay, à peine 17 ans, ne l'avait plus revu depuis deux ans, fuyant un homme, plongeur émérite, marin érudit, dont il ne supportait plus les leçons ni l'autorité. Pris de remords, Jay va tenter une plongée pour récupérer les ossements de son géniteur, geste d'expiation et ultime hommage à la passion de Mitt. Il se met à l'eau à Monastery beach, réputée autant pour ses vagues dangereuses, que pour sa fosse sous-marine appréciée des grands mammifères marins. Et justement, voilà un calamar géant qui vient lui chercher des histoires. Or, quand un calamar remonte autant à la surface, c'est qu'il est chassé.
Un peu d'originalité, enfin ! Whalefall va surprendre les lecteurs de la collection Rivages/noir sans doute. Pas de crime. Pas de corruption. Même pas un brin de violence. Juste de l'eau et le ventre d'un cachalot. A mi-chemin entre Pinocchio et le film 127 heures de Danny Boyle, le roman de Daniel Kraus impose son présupposé : un homme peut-être avalé par la plus grosse bestiole de la planète. L'auteur a fait ses recherches, a posé ses questions à des spécialistes et, oui, on peut se faire gober par un cachalot. Donc, après vos huîtres, votre bûche, voici viscères, tissus adipeux, restes de nourriture maritime diverse, gaz intestinaux et obscurité totale ou presque. Whalefall devient oppressant quand Kraus décompte petit à petit la pression d'oxygène qu'il reste dans la bouteille de Jay. Une technique littéraire classique mais qui a tellement fait ses preuves. Et ici encore. Mais le meilleur reste tout de même le dialogue fantasmé que Jay établi avec son père, rejouant la relation depuis les premiers jours, les premières sorties en bateau, les premiers coups de gueule. Comme dans toute bonne psychologie américaine, il y a cette dualité, entre père fouettard et père complice, l'image d'un homme bigger than life, un marin, un vrai, un tatoué et cet enfant, cet ado, qui a du mal à sortir de son ombre. Il y a un peu de caricature sans doute mais aussi pas mal de vérités.
Surprenant, organique, le huis-clos de Whalefall réussit à tenir son pari jusqu'au bout. Et franchement, tout le monde n'aurait pas misé un quarter.
A souligner, la redoutable couv' (la même que pour l'édition US) dessinée par l'excellent Will Staehle.

Whalefall (trad. Jonathan Baillehache), ed. Rivages, 377 pages, 22 €
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