Littérature noire
18 Février 2026
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Dans une France d'après-demain, ou peut-être de demain, devenue un état policier, neuf enfants viennent de se suicider de différentes façons, plus ou moins horribles, et cela ne semble émouvoir personne dans cette société anesthésiée. Personne à part le major Toussaint Noël, presque camusien dans sa façon de subir ce monde sans broncher, jusqu'au moment où il se retrouve face au crâne explosé de la pauvre petite Svetlana. Là, c'est le burn-out, la mise à pied " dans la paix du renoncement. Le flic déchu retrouve son chez soi et ses petites combines, le loyer à l'oeil en échange d'une protection du maquignon qui fait travailler une troupe d'immigrés au sous-sol, les consommations également à l'oeil dans le dernier bistrot du coin. Le dernier parce que le quartier de Toussaint Noël, hésite entre un décor de Brazil et Blade Runner, tout gris, abandonné, avec quelques camps de réfugiés maliens ici, des barres de béton là... Seul chez lui, le major essaye de démêler le fil de ces suicides.
Jean-Marc Royon réussit une première partie de roman absolument grandiose... et dépressive ! Toussaint Noël ferait presque passer Tchao Pantin pour un épisode des Télétubbies. Une sorte de Seven de la France du béton aussi. Car rien ne va dans cet hexagone, entre ces enfants qui se pendent, se jettent d'un pont, les flics jem'enfoutistes, les négriers, les mères alcooliques et une petite fille handicapée... la barque est chargée ! Mais l'auteur pose un regard presque doux et complice sur cette décadence, il parvient à en sourire et à faire sourire son lecteur. C'est sombre oui, mais il y a une étincelle d'humour. Notamment à travers des descriptions de personnages sans pitié : " la maigreur de sa face blême et tendue laissait deviner la sécheresse noueuse de son corps, même engoncée dans sa pelure mastic trop grande pour elle. "
Dans un style foisonnant, qui rappelle par moments Franz Bartelt, Jean-Marc Royon assène une intrigue parfois bien barrée, entre flics pourris, magouilles et cette idée fixe sur l'épidémie de suicides de ces gamins. Mais il y a aussi énormément de tendresse entre Toussaint Noël et sa petite voisine, comme une forme d'espoir à travers cette relation innocente. Et quelque part, réconfortante.
Toussaint Noël, ed. Denoël, 206 pages, 18 e