Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
The killer inside me

Littérature noire

La colline : cette poésie rude de Mathilde Beaussault

Talent confirmé. La colline, deuxième roman noir de Mathilde Beaussault, après Les saules il y a un an, fertilise le même sillon d'une ruralité âpre mais parfois lumineuse, d'une humanité sauvage et, par moments, bienveillante. L'autrice joue toujours, avec une vraie plume, de cette dualité, de cet équilibre aussi.
Un nourrisson est retrouvé au fond d'un container à poubelles, au pied d'un immeuble. Le bébé est sauvé par les pompiers. La police judiciaire mène son enquête de voisinage pour savoir qui, comment, pourquoi... Dans un des appartements de la cité voisine, Monroe, tout juste 18 ans, épuisée par son accouchement, est enfermée dans sa chambre, par une mère dépassée, socialement, psychologiquement. Tandis que Monroe se vide de son sang, elle se souvient des huit derniers mois passés auprès de sa grand-mère, Madeleine, là-bas, au village. Entre dons de guérisseuse, champs balayés par le vent, repas frugaux, une corneille apprivoisée et un voisin, Gérard, aux petits soins. Un certain havre de paix que, forcément, la violence des hommes viendra faire voler en éclats.
Il n'y a pas de paradis perdu chez Mathilde Beaussault : la belle vie rurale contre le sombre quotidien des villes. Non. Pourtant La colline jongle durant toute une première partie entre ces deux univers, sous entendant presque à quel point la campagne demeure un lieu refuge, un repère de vraies valeurs. Puis, le roman s'installe réellement en milieu urbain et la bienveillance, la chaleur vient alors des soignants, des sauveteurs.
Avec une économie de moyens, Mathilde Beaussault installe ce beau personnage de Monroe, cousine plus âgée, quelque part, de la petite Marguerite du précédent roman. Mutique, blessée dans sa chair,  Monroe noue une complicité quasi silencieuse avec cette grand-mère magique, sage. Cette relation, pleine d'une tendresse prudente, constitue un des moteurs du roman tant l'environnement paraît hostile pour la jeune mère.
Roman social très noir, La colline scanne avec une rare justesse diverses strates de la société, une mère isolée avec deux enfants qu'elle n'assume pas, un service de maternité en pleine ébullition, un bout de campagne en vase clos mais pas exempt de sales coups... tout cela s'imbrique, tourne autour de Monroe. Il y a des moments de belle poésie autour de la maison de Madeline, ou dans le café-épicerie de Claudette, des instants joliment saisis. On retient aussi une scène vraiment puissante à l'hôpital entre le voisin et la jeune fille mais le roman est gorgée de sacrés moments d'émotions. Une vraie réussite.

La colline, ed. Seuil, 331 pages, 19, 90 €
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
Bien d'accord avec vous.<br /> https://broblogblack.wordpress.com/2026/03/06/une-place-pour-monroe-la-colline-de-mathilde-beaussault/<br /> Nous attendons avec assurance le troisième...
Répondre