Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
The killer inside me

Littérature noire

La plupart des hommes : travail, famille, violences

Kad, employé de garage sans histoire, trafique des pièces détachées avec la fratrie la plus dingue du canton. Son ami Gabriel, le fils du patron de la fonderie, rêve de théâtre à Paris. La soeur de Gabriel, Juliette, est retrouvée battue dans la camionnette de Kad. Ce même Kad, bientôt papa, se fait à son tour proprement démonter la tête quand il fait des heures sup' comme videur... Gien, petite ville des bords de Loire, n'est pas la commune la plus assoupie de l'hexagone.
Troisième roman de Simon François, La plupart des hommes offre une intrigue qui imbrique patiemment une poignée de personnages rongée par les occasions manquées, la frustration d'une forme de déterminisme social. Sans faire du Zola, l'auteur parvient à peindre une société de province qui étouffe, à l'image d'un fleuve pollué par les rejets de la fonderie. Le personnage de Kad, dans ses doutes, ses ambitions et ses craintes, illustrent ce monde dur où l'on cherche le bonheur à travers une relation amoureuse, un enfant, à travers un boulot rémunérateur mais voilà, tout cela ne suffit pas à assurer l'essentiel : remplir le frigo. Le type réglo, le fils d'immigré exemplaire, tombe alors dans le cliché du trafiquant. Simon François excelle ici dans cette aliénation au travail. Par Kad, incapable de s'en sortir, mais aussi et surtout à travers les travailleurs immigrés qui s'ils ne sont pas au centre de la narration n'en demeurent pas moins un fil rouge. C'est par eux, et leur accident, que La plupart des hommes commencent et ils vont s'inviter à touches régulières dans le roman. Un lumpen prolétariat qui vit à côté, mais pas ensemble, d'ouvriers présents dans l'usine depuis quinze, vingt ou trente ans. Une usine qui pollue certes mais, comme le dit le patron colérique, qui donne à manger.
L'auteur avance sur trois tableaux, celui de la force de travail donc, celui de la cellule familiale à travers trois schémas aux antipodes et également celui de la femme, que ce soit Juliette ou Karine, la jeune gendarme (joli twist en milieu de roman).
Simon François parvient à un exercice d'équilibriste en donnant à voir un monde post industriel et sa petite société rongée par ses aigreurs, ses conflits. Dans ce tableau noir, ce qui sauvera peut-être ses hommes et ses femmes, ce sera, une fois de plus, leurs rêves. Leur loyauté.

La plupart des hommes, ed. Le Masque, 362 pages, 20, 90 €
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article