Littérature noire
18 Mars 2026
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" C'est marrant comme tout s'est progressivement délité, pense Braque, tout petit bout par tout petit bout... l'école, l'Etat, la presse, tout le système en fait. Il n'y a pas eu de révolution, pas de catastrophe, juste un effondrement progressif... "
Nouveau et très fort roman d'anticipation, Les chemins écarquillés (quel titre !) est le premier exercice d'écriture d'Aurélien Blanchard et, loin des convenances, c'est parfaitement réussi. Une authentique atmosphère inquiétante, pas vraiment Walking dead, pas vraiment L'île du docteur Moreau, mais quelque chose de malsain, secrètement inhumain. Dans cet univers où les mégafeux règnent, où les êtres vivants ont appris à s'en accommoder, Braque, nom prédestiné pour un habitué des cellules de prison, s'est vu confier une sorte d'animal improbable, bipède doté d'une trompe d'éléphant et d'un regard de cocker. Il doit apporter cette créature, qu'il a baptisé Victor, à travers un no man's land jusqu'à un savant, forcément, un peu fou. Le voyage va transformer Braque et transformer sa vision de Victor, sa vision de ce monde.
Les chemins écarquillés, écrit par un diplômé en philosophie, offre une réflexion pertinente et originale sur notre rapport à l'autre, sur notre rapport à la différence. D'accord, le principe ne paraîtra pas hyper original à tout le monde mais ici la forme séduit, emporte, tant elle a les traits de l'aventure, dans un environnement post apocalyptique différent de ceux que l'on parcourt habituellement. Il y a une forme de quête, une recherche de la liberté, très excitante, avec ce personnage de Braque que l'on imagine sous les traits d'un Clive Owen, un brin désabusé mais pas sans courage. Les chemins écarquillés, c'est l'humanité redécouverte dans les pires instants.
Les chemins écarquillés, ed. Christian Bourgois, 155 pages, 17 €