Littérature noire
30 Mars 2026
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Le pire est à venir. C'est - peut-être un peu rapidement - ainsi que l'on pourrait résumer l'oeuvre que poursuit Thomas Bronnec. Mais, soyons honnêtes, comment lui donner tort ?
Dans une sorte d'anticipation hoquetante, un futur d'à peine une décennie, avec Toute l'infortune du monde, l'auteur du déjà flippant Collapsus, plonge Paris dans une crise internationale. La présidente Emilie Cornelly est en bute aux critiques américaines et russes. Trop sociale, trop immigrationniste, trop faible... la France est indirectement menacée, Cornelly se retrouve même coincée dans le bureau ovale par un POTUS libidineux. Et voilà que la capitale française subit de meurtrières attaques de drones à l'origine, soupçonnée, mais pas encore prouvée. Le gouvernement décide de créer une force armée tripartite avec l'Allemagne et la Pologne. Les USA et la Russie grondent. Le conseiller spécial de l'Elysée, Mathieu Mondolonian, reçoit un étrange courrier : une photo de son ex-jeune amante et lui-même, allongés sur un lit. Près de Moscou, un technicien français est arrêté et condamné pour espionnage. La tension monte d'un cran quand quatre-vingt hommes armés prennent en otage toute une résidence au coeur de Paris...
Pour le feel good book, il faudra repasser. Thomas Bronnec plonge le nez du lecteur dans un scénario, sinon de fin du monde, de début de fin du monde tel que nous le connaissons. Encore que, les alliances d'hier, on le constate un peu plus chaque jour, ne sont plus les alliances d'aujourd'hui. Toute l'infortune du monde est aussi flippant que réussi, en partie grâce à une petite poignée de personnages bien campés. Le conseiller spécial, amoureux déconfit, ne sachant plus choisir entre cet romance idéalisé et sa loyauté envers sa présidente. Emilie Cornelly justement, soucieuse de conserver à la France son leadership mais, côté intime, abandonnée par son mari et son fils. Et puis il y a le technicien français interpellé à Moscou, en mille morceaux, lui aussi désespérément seul. Enfin, le sénateur Valance, à droite toute, qui s'en va à un congrès des Conservateurs américains pour clamer l'amitié française et se retrouve pris au mauvais jeu d'une trahison, au minimum, morale.
Thomas Bronnec maîtrise son rythme, son intrigue et surtout le réalisme de son roman. Il sait être parfois à la juste limite de ce qui est, en ce moment, admissible ou envisageable. Et c'est bien ce qui crée cette peur anticipative en quelque sorte, cette projection. Car bien plus effrayant qu'un serial killer au QI d'une tartine de pain sans gluten, l'homme politique prêt à vendre son pays pour un strapontin fait passer de sacrés frissons...
Toute l'infortune du monde, ed. La Série Noire, 436 pages, 20 €