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The killer inside me

Littérature noire

Code bleu : un infirmier, des morts à l'hôpital et une Justice aveugle

Eté 1992. Le Harry S. Truman, un hôpital pour vétérans dans le Missouri, voit le nombre de décès dans son service 4 Est augmenter de manière inquiétante. Deux faits : aucune des victimes n'était en état d'urgence vitale et l'infirmier Richard Williams était toujours de service à ces moments-là. Une cheffe de service réclame une étude circonstanciée. La police de Columbia est alertée... et pourtant rien ou presque ne sera fait. La faute à une hiérarchie qui craint des sanctions (et la perte d'une juteuse retraite) en cas de manquements. La faute à un FBI empêtré à l'époque dans la tuerie de Waco. La faute à des examens scientifiques jamais finis. Plus d'une dizaine d'anciens combattants passeront ainsi l'arme à gauche de manière suspecte avant que Richard Williams ne soit guidé, en toute discrétion, vers la sortie. Sans aucune poursuite.
Jake Adelstein livre sans doute ici son enquête la plus personnelle puisqu'elle implique, avec une réelle délicatesse, son père Eddie, médecin légiste et anatomo-pathologiste dans l'hôpital pour anciens combattants en question. Code bleu retrace ainsi le difficile combat de trois médecins pour obtenir une enquête, un début d'inculpation de l'infirmier vers qui tous les soupçons se portent. Trente-cinq ans plus tard, avec deux amies, Jake Adelstein s'empare de cette pelote de décisions, de reculades, de menaces, d'auditions, de procès au civil et rencontre quelques familles de disparus, forcément brisées à l'évocation de ces instants. Comme à son habitude, Jake Adelstein creuse, détaille les personnalités, les lieux et effectue un peu plus qu'un travail de journaliste, mettant en perspective un système de santé américain assez unique pour les vétérans, un brin privilégié. Mais gangréné. Sans verser dans le discours politique, l'auteur de Tokyo Vice met en lumière un scandale criminelle dans un pays qui se targue pourtant d'une justice rapide et prompte à condamner les coupables.
En revenant dans son pays natal, Jake Adelstein, comme un poisson dans l'eau dans les affres du crime nippon, montre qu'il sait aussi s'adapter aux méthodes du journalisme US. Un travail remarquable.

Code bleu (The serial killer, The cover-up and a two generation quest for justice, trad. Cyril Gay), ed. Marchialy, 277 pages, 23 €
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