Littérature noire
8 Avril 2026
/image%2F1884005%2F20260406%2Fob_19fcb8_editions-metailie-com-brouillon-auto-n.jpg)
Le petit bonheur subtil d'un bon roman d'espionnage. Replonger pour quelques centaines de pages dans les joies des blocs Est-Ouest, les gentils d'un côté, les méchants de l'autre. Dans La nuit sur la frontière, Pietro Spirito (61 ans et auteur d'une bonne dizaine de romans) évoque le début de la décennie 70 à Trieste, ville frontière avec la Yougoslavie, réceptacle de plusieurs sortes de tensions. Il y a évidemment le partage, subi, de cette zone, réclamée par l'Italie. Mais depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, c'est surtout le voisinage avec le communiste Tito qui pique. Et voilà justement que Tito est invité officiellement au Vatican dans les prochains mois. On s'agite donc un peu à Trieste. Des manifestations d'extrême droite sont annoncées. Le coup d'Etat de Borghese est murmuré pour la fin de l'année 70. C'est le SID - Service Info Défense -, organe d'espionnage militaire, qui balance le scoop. Dans cette atmosphère puante, un jeune soldat est retrouvé abattu sur une plage de Trieste. Ettore Salassi, journaliste, passé par le fascisme dans sa jeunesse, est une des taupes du SID. Qui le charge d'écrire sur un club de boxe fréquenté par des fascistes. Et voilà que Salassi, au coeur si délicat, tombe sous les charmes de la belle Maja, la nièce slovène de la gardienne de son immeuble. Les morts s'accumulent et le journaliste ne sait plus
Pietro Spirito trouve le ton juste pour raconter les différents tons de gris de ces années-là, les couvertures des uns, les doubles jeux des autres, les sacrifices indispensables à la fameuse cause. Pour autant La nuit sur la frontière s'écarte vite de toute explication politique, il s'agit bien ici d'hommes et de femmes, sans forcément de grandes convictions, mais plutôt chahutés par des mouvements qui les dépassent. A l'image du malheureux pêcheur qui ramène le corps du jeune soldat dérivant en mer. Et Pietro Spirito parvient à faire toucher du doigt, les odeurs et les couleurs de Trieste, ville chargée d'histoire : " cette terre des confins était imprégnée de sangs, deux guerres mondiales l'avaient ravagée, laissant des souvenirs d'affrontements, de fuites, de combats, des sentiments de haine et de séparation destiné à baigner de sang amer chaque touffe d'herbe, chaque caillou, chaque anfractuosité. "
Pour les amateurs de romans d'espionnage, un peu à la diète, ces temps-ci, un agréable retour en arrière dans un coin d'Italie finalement assez peu parcouru par la littérature.
La nuit sur la frontière (E notte sul confine, trad. Anne Echenoz et Serge Quadruppani), ed. Métailié, 228 pages, 20, 50 €.