Littérature noire
25 Mai 2026
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Roman extrêmement déroutant que ce Farouches. Fanny Taillandier parvient à installer une ambiance aussi gênante que mystérieuse, dans une ville du sud-est, genre Cassis, où un couple, elle, issue de l'immigration, lui ayant saisi l'ascenceur social, s'est offert une luxueuse villa avec piscine et vue sur la mer. Mais voilà, Jean, devient obnubilé par la grande criminalité qui s'installe dans leur décor de rêve. Comme un rappel de ses origines, de ses premiers petits mauvais coups. Tandis que Baya, son épouse donc, fait une fixette sur les sangliers qui viennent sur leur propriété, fouiner, creuser et démonter des dalles.
Avec une certaine mise à distance des personnages, une façon de tenir l'émotion un peu plus loin qu'à portée de main, l'autrice interroge sur la place de chacun dans cette société, dans ce petit monde. Finalement, les sangliers sont-ils moins légitimes que ceux qui viennent de si loin pour s'acheter un bout de terre ? Mais il s'agit aussi dans Farouches de regarder ce que devient cette communauté, fracturée, se parlant à peine, se comprenant encore moins. Il y a cette scène de dégustation de vins rosés absolument merveilleuse, terrible de malaise et pourtant tellement vraie. Fanny Taillandier installe son roman dans une France un soupçon dystopique et cela rend le roman encore plus étrange. Presque froid par moment. A la façon du cinéma d'un Haneke presque. Mais c'est redoutable.
Farouches, ed. Rivages, 252 pages, 9 €