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The killer inside me

Littérature noire

Knockemstiff : morceaux choisis d'un monument de la nouvelle US

On serait encore loin de la vérité si on écrivait que Knockemstiff a été une révélation, une grande claque, l'éclosion d'un auteur, Donald Ray Pollock. Depuis 2010, il a été dit bien des choses, et des belles choses, à propos de ce recueil de 18 nouvelles rurales, violentes, humaines, souvent terribles. Plutôt que de tisser de nouveaux lauriers qui n'ont pas lieu d'être, replongeons nous dans quelques extraits savoureux. 
" Elle a toujours cherché quelqu'un pour l'emmener loin d'ici. J'aurais bien voulu être celui-là, c'est rien de le dire, mais je crois pas que je quitterai jamais le val, même pour Tina. J'y ai vécu toute ma vie, comme un champignon collé à un tronc d'arbre pourri, je tiens même pas à aller au patelin si je peux m'en empêcher " (Konckemstiff).
" Frankie a enfoncé la pédale de frein et la voiture a dérapé, pour finalement s'immobiliser. J'ai sauté dehors. Le poulet était ratatiné contre la calandre, le cou cassé. Je l'ai décollé délicatement du chrome et l'ai soulevé par ses pattes jaunes noueuses. Un caillot de sang gros et rond comme une perle rouge pendait au bout de son nez fracassé. 
En sortant de la voiture, Frankie a fait : - Comment qu'il est arrivé là ?
" (Speed)
" Del était avec une fille dont il n'arrivait pas à se débarrasser, quoi qu'il dise ou fasse. Chaque fois qu'il la larguait quelque part, elle arrivait la première chez lui avec des munitions fraîches dans son distributeur de pilules anticonception et une nouvelle poignée de sous vêtements propres. Pour arranger les choses, elle n'arrêtait pas de l'emmerder avec ces bâtonnets de poisson pané qu'elle remontait de la mare sans fond de son sac à main en plastique. Ils étaient froids et graisseux, pleins de peluches grises... " (Poisson pané)
" Le Topper sévissait juste en face de l'usine de plastique. Tous les habitués avaient la figure rouge, comme écorchée, à cause de la chaleur des fours, et aussi des brûlures partout sur les bras. Qui buvait là-bas ne cicatrisait jamais vraiment. " (Assaillants)
" Je me suis réveillé en croyant que j'avais encore pissé au lit, mais c'était juste une tâche collante, là où moi et Sandy on avait baisé la veille. Ces choses-là arrivent quand vous buvez comme je le fais - vous vous chiez dessus dans le Wall Mart, vous finissez par vivre aux crochets d'une camée au crack et de ses pauvres parents. " (La vie dans le val)
" J'avais grandi ici, mais je ne m'étais jamais senti chez moi. J'ai tourné les talons et épié le vieux par la fenêtre. Il regardait toujours les hommes à la télé en train de se démolir pour une chance au bonheur. Avec mon père, tout avait toujours été une affaire de combat, et j'ai réalise avec tristesse qu'on ne se connaîtrait jamais avant qu'il passe l'arme à gauche. " (Dernier round)
Un immense recueil de nouvelles qui doit aussi beaucoup, de ce côté de l'Atlantique, au remarquable travail de traduction de Philippe Garnier.
Enfin, pour approfondir la vision de Donald Ray Pollock, son arrivée tardive à l'écriture, une interview très poussée par Elizabeth Ellen datée de mai 2008, An interview with Donald Ray Pollock

Knockemstiff (trad. Philippe Garnier), ed. Libretto, 246 pages, 9, 10 €
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