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The killer inside me

Littérature noire

Sicario bébé : l'amour, la mort, encore et toujours

Changement total de perspective entre Farouches (paru en 2021) et ce Sicario bébé (2026). Si l'autrice Fanny Taillandier conserve le principe du couple, face à une situation donnée, elle entrevoit différemment et sa narration, et son approche.
Sicario bébé, c'est l'histoire de Blaise et Djen, deux amoureux fous de 17 ans, qui attendent un bébé. Et dans la France d'aujourd'hui, comme la précédente sans doute, ce n'est pas simple à cet âge-là. Cela l'est encore moins quand on vient de banlieue, d'un milieu social peu favorisé, c'est un euphémisme. Djen entame des études tandis que Blaise est en lycée pro. C'est là qu'il fréquente Bobby, devenu son meilleur ami, un dingue de muscu et de fumette. Après une discussion sur comment trouver de l'argent pour assumer la paternité, Bobby a la solution : descendre un type. Blaise ne veut même pas en entendre parler. Pourtant, il sait que cet argent pourrait durablement résoudre ses problèmes. Djen, tout aussi réfractaire à l'idée, imagine autre chose.
C'est un changement total par rapport à Farouches, parce qu'ici, ce couple témoigne d'une vraie tendresse, de cet amour pur que l'on peut avoir à 17 ans. Et Fanny Taillandier arrive à communiquer ces sentiments en s'abstenant de guimauve. La dureté de l'environnement aidant aussi à ne pas verser dans la bluette. Mais cet amour est aussi ce qui tient Sicario bébé, cette foi l'un dans l'autre, cette complicité. Pour tout dire, c'est assez romantique mais en version True romance, avec quelque chose d'assez canaille. En revanche, le dispositif narratif est encore une fois découpé précisément entre le vécu de la fille et celui du garçon.
Autre différence : l'intrigue est claire comme de l'eau de roche. Là, où Farouches louvoyait, perdait habilement son lecteur, ici, il y a un objectif simple, un plan, une tension et on a envie de dire, des méchants bien identifiés. Et du coup, Sicario bébé est un peu plus convenu, dans une forme de polar déguisé. Toute la peinture sociale fonctionne à merveille, entre zones abandonnées, galères d'enfants d'immigrés, éducation nationale absente et rénovation urbaine violente. Fanny Taillandier connaît cet environnement sur le bout des doigts. C'est davantage sur l'intrigue que tout semble un peu cousu de fil blanc.
On pourrait tiquer sur le thème de l'embauche des tueurs mineurs via les messageries, phénomène qui a explosé ces derniers mois, notamment à Marseille. Dans Sicario bébé, Bobby et Blaise passent pour des mômes plutôt cools, des garçons qui n'accepteraient le job qu'une fois, mais cela ne se comprend pas forcément, il manque une étape dans le texte pour comprendre que des lycéens pareils décident le pire, l'absence de conscience n'est sans doute pas assez mis en avant. Parce que c'est bien de ça dont il s'agit. Dans la littérature noire, le job de tueur à gages est pourtant assez fréquent et, sans remonter aux calendes grecques, on a davantage de mansuétude par exemple pour Jake Skowran, dans Un petit boulot de Iain Levison. Pourtant c'est un flingueur, ce n'est pas moral et lui aussi est dans la panade, il fait ça pour se sortir de sa mouise. Mais l'image est positive, peut-être grâce à l'humour. Dans la trilogie Calum Maclean de Malcolm MacKay, là encore le tueur à gages bénéficie d'une forme d'aura, un brin aventurier avec carrément là, un sens de l'honneur. Pourquoi alors, tiquerait-on sur les jeunes tueurs à gages de Sicario bébé ? Trop réel ? Trop contemporain ?
In fine un roman foncièrement moderne, très social, avec une langue qui s'y colle, mais moins ambitieux que ne l'était Farouches.

Sicario bébé, ed. Rivages, 190 pages, 19 €
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