Littérature noire
2 Juillet 2026
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Un casse, un vrai, bien pro, cela se réussit dans les détails. Ron Preston a une vraie expérience de l'exercice, au point d'être surnommé Le Stratège. Cette fois, grâce à un tuyau, il se concentre sur un transports de fonds et sur le grassouillet jour de paie. Il a, sur cette affaire, son fidèle Mansel, braqueur qui refuse de porter une arme. Pas comme les deux jeunes embauchés pour l'occasion, dont l'un fait la cour à la fille de Preston ! Ces deux-là sont bouillants. Un peu trop. Surtout quand Preston apprend qu'un troisième convoyeur sera dans le camion. Ont-ils été repérés ? Balancés ? Est-ce un signe du destin ? Preston est prêt à laisser tomber. Et puis, il s'entend dire qu'il est peut-être un peu vieux, un peu dépassé. Juste ce qu'il faut pour piquer son orgueil : le casse se fera.
Pendant ce temps, dans "l'autre camp", l'adjoint au chef de la police, Desmond Iles, gère toujours avec le même cynisme à la fois les adultères de sa femme et la grossesse de celle-ci : " - Et évidemment je n'aimerais pas que ce soit une fille. Comment savoir à quoi s'attendre, avec une fille ? Pensez à Eva Braun, ou à Eleanore Roosevelt.
Harpur l'avait déjà entendu débiter ce genre de discours à plusieurs reprises. - J'ai deux filles, chef. - Ah oui, c'est vrai Col. Pardonnez-moi. Quel manque de délicatesse. Mais vous... vous êtes tellement solide. "
Le braquage de Preston ne vient sur la table que grâce, comme souvent, à un concours de circonstances, un signalement par erreur puis une fuite. Mais avant cela, il faut l'avouer, les services de police sont totalement dans le flou.
Sans états d'âme, la septième enquête du duo Harpur & Iles reste fidèle à cet humour british très noir et si ces deux dingues n'apparaissent qu'en filigrane au milieu du roman, c'est pour mieux, ensuite faire une forme de parallèle entre Preston et Iles, tout deux à répéter " c'est ça un chef ". Bill James, sacrément futé, s'amuse à comparer les comportements de leader, de pseudo mâle alpha de ces hommes qui jouent les durs mais sont, sentimentalement, dépendants et perdus quand ils se sentent abandonnés.
Bien entendu, l'amateur d'Harpur & Iles retrouve toute l'acidité, la duperie des deux policiers, pas ripoux non, mais toujours dotés d'un esprit mesquin, jaloux ou carrément mégalo pour Iles. Un plaisir toujours renouvelé de plonger dans cette série.
Sans états d'âme (Take, trad. Danièle Bondil), ed. Rivages, 383 pages, 9€65