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The killer inside me

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Littérature noire

Meurtres sans série : casse-tête japonais à la sortie de la guerre

Meurtres sans série : casse-tête japonais à la sortie de la guerre

Un meurtre, c'est déjà coton à résoudre. Mais alors, sept ! C'est l'été 1947 et Utagawa Kazuma a invité toute une bande d'amis, de collègues, de connaissances à partager l'été dans la vaste propriété familiale de son père, homme politique à la retraite, riche entrepreneur de saké. Dans ce coin de montagne, à quelques heures de Tokyo vont se retrouver des auteurs, des docteurs, un avocat, tous avec leurs épouses. Tous ne s'apprécient pas forcément. Voire se détestent. Certains ont partagé la même femme. Mais c'est la vie en société qui tente de se recréer dans ce Japon qui sort de la guerre. Puis, très vite, Mochizuki Wani, l'écrivain, est retrouvé mort d'un coup de poignard. Presque toute la petite communauté est suspectée tant cet homme était peu aimé. Le lendemain, c'est Tamao, la fille du maître des lieux, qui est retrouvée étranglée... La police y perd son latin. Dans le groupe, Kose, un détective amateur, tente des scénarii. Et c'est encore une troisième, une quatrième, une cinquième, une sixième victime, jusqu'à Kazuma, lui-même, qui sont retrouvées sans vie. Dans la vaste maison, les soupçons vont de l'un à l'autre, les secrets de famille éclosent.

Meurtres sans série, de Sakaguchi Ango, est paru sous forme de feuilleton, dans une revue japonaise, juste après la guerre. C'est à la fois un Cluedo, Les dix petits nègres et un Rubik's Cube, tant le nombre de personnages, le nombre de meurtres mais aussi la dimension des lieux rendent compliqués la résolution de l'énigme. Ango a imaginé cela comme un jeu. D'ailleurs l'éditeur, Les Belles Lettres, dans un travail remarquable, a reproduit les notes d'Ango qui promettait des récompenses aux lecteurs qui devinaient le ou les noms des coupables ! " Jusqu'à présent, dans les notes à l'adresse des lecteurs, j'ai bien peur de m'être répandu en vaines fanfaronnades, mais la modeste intention de l'auteur n'était rien d'autre que de vous fournir un divertissement intellectuel et de vous offrir, dans un monde chiant à mourir, un jeu qui vous délaisse pour quelques jours ou quelques heures. "

Si le style de Meurtres sans série est parfois ampoulé et bavard, on n'en reste pas moins soufflé par la technique et surtout le plaisir de l'auteur. D'après l'excellent texte d'Estelle Figon en postface, ce roman, en forme de pièce de théâtre, a en tout cas marqué le pays à sa sortie. La biographie d'Ango, en fin de livre, est également passionnante, et même assez terrible avec énormément de suicides dans l'entourage de l'auteur. Les amateurs du Japon et de romans à énigmes, trouveront ici largement leur compte.

Meurtres sans série (trad. Estelle Figon), ed. Les Belles Lettres, 216 pages, 23, 90 euros.

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