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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Le vrai monde : quatre jeunes filles perdues dans le vent

Le lombric tient ce surnom de son corps, jeune homme maigre, déguinguandé et pas forcément très attirant. Sauf le jour où il dézingue sa mère à coup de batte de base ball dans leur petit appartement de la banlieue de Tokyo. Sa voisine, Toshiko, inscrite dans le même lycée d'élite, a bien entendu un bruit mais n'y a pas trop prêté attention. C'est en sortant pour suivre ses cours intensifs d'été qu'elle croise le lombric. Etonnamment souriant. Puis tout s'enchaîne : le vélo de Toshiko avec son téléphone portable est volé. Par le lombric. Qui appelle les trois meilleures amies de Toshiko : Yzan, Kirarin et Terauchi. Une drôle de complicité se noue avec ce quatuor de filles étouffées par leur famille, l'obligation de réussite, le poids de la société japonaise. En restant en contact avec un lycée matricide, elles ont l'impression d'accéder à une autre réalité. Le lombric va fuir à vélo, rejoint bientôt par la jolie Kirarin.

Sorti en 2010, Le vrai monde est encore une invitation à pénétrer au coeur de la société moderne japonaise et plus particulièrement chez des lycéennes, passablement sans repères, si ce n'est celui de réussir leurs concours d'admission à l'université. Bien sûr le filigrane de la fuite du lombric est capital mais Natsuo Kirino peint surtout quatre portraits de jeunes filles absolument saisissant, quatre amies qui souffrent en silence finalement et qui voient dans cette aventure l'occasion de faire autre chose, de côtoyer aussi la frontière du bien et du mal, d'échapper à la surveillance de leurs parents, à la fois totalement absents et capables d'une pression incroyable. Des filles pas mauvaises du tout mais qui infusent un malheur étrange, ce sentiment de voir une jeunesse qui ne leur appartient pas. Il y a bien Kirarin qui fait partie de deux bandes dont une se réclame totalement frivole mais elle n'est pas moins perdue que ses trois amies. Le titre de Kirino sonne alors d'une justesse imparable et Le vrai monde a quelque chose du Virgin Suicide de Sofia Coppola, sauf que là, il n'y a pas de transposition possible de ce mal être à l'occident, c'est une esquisse japonaise. La plume de l'auteur dessine le Japon et seulement le Japon, avec ses rites de passage, ses codes, ses relations qui nous semblent parfois si étranges. On retrouve bien sûr cette forme de solidarité ou de complicité féminine déjà aperçue dans le mythique Out. Et évidemment cette noirceur si caractéristique de Kirino. S'il y a des moments de la fuite où la narration perd un peu de sa chair, les dernières pages tordent vraiment les tripes. Une auteur unique. Indispensable à tout amateur de noir.

Le vrai monde (trad. de l'anglais Vincent Delezoide), 255 pages, 6, 50 euros.

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