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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Le Bal des porcs : la Tchéquie, cette jungle du crime

Il faut mettre ce deuxième roman d'Arpad Soltesz, grand reporter, dans la perspective de l'assassinat, le 21 février 2018, près de Bratislava, de Jan Kuciak et sa compagne Martina Kusnirova. Tous deux journalistes, le premier était en train de publier une série de reportages sur la corruption du gouvernement slovaque et ses liens étroits avec un homme d'affaires et la pègre calabraise.
Le Bal des porcs s'ouvre sur un fait divers incident, à savoir un trafic de jeunes filles, toxicomanes, livrées via les services sociaux à une sordide association de désintoxication, vague couverture pour de la prostitution la plus dégueulasse qui soit. Une jeune fille parvient à s'échapper, alerte une rédaction. On la croit à peine.
Après quoi, Soltèsz change de direction et va s'intéresser à la politique de son pays, aux arrangements, aux compromissions, à la porosité d'élus avec le milieu criminel. Il est question d'argent, de traites à rembourser à des sommes astronomiques, de pression sur des agriculteurs, d'Albanais spécialisés dans les voitures volés, d'Italiens qui se marient entre eux... c'est, pour tout dire, assez obscur et l'utilisation de surnom type Moineau, Doudou, le Chauve, Porccelet, Python, Marron, Bouledogue, Boulier paume un peu le lecteur. Qui comprend bien que l'auteur cherche à remonter le fil de l'histoire récente de son pays mais c'est sans repères, sans chronologie par exemple, sans logique apparente aussi. C'est peut-être une façon pour Arpad Soltèsz d'évoquer le cloaque de la politique slovaque, alors dirigée par un gouvernement de gauche, celui de Robert Fico. Le roman, très noir, retrouve la cohérence et la folie que l'on avait aimées dans Il était une fois dans l'Est lorsqu'apparaît le personnage de Casse-Dalle, ce que l'on appelle communément un exécuteur des basses oeuvres. Le Bal des porcs monte alors vraiment en tension autour de l'insaisissable Wagner (ou Marian Kocner dans la réalité) et de ses agissements effroyables au sein du gouvernement, il y a une vraie lutte entre certains juges et les voyous, entre journalistes et voyous. Il y a des morts, des mortes, des qui l'ont cherchés, des qui sont totalement innocents. C'est violent, froid et sombre. Et c'est donc, toujours, en Europe, dans un pays pauvre où la démocratie n'a pas résisté ni à l'implantation de la Ndrangheta, ni à la corruption la plus basique de ses élus.
Il est intéressant de lire aujourd'hui, en septembre 2020, les compte-rendus du procès des assassins de Jan Kuciak qui s'est tenu il y aune dizaine de mois. C'est intéressant et même important.
Le Bal des porcs, hormis un trou d'air conséquent, a le privilège d'aborder une situation dont on parle si peu dans les médias, tant cette partie du Continent semble lointaine.

Le Bal des porcs (Svina, trad. Barbora Faure), ed. Agullo, 392 pages, 22 euros.

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