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The killer inside me

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Littérature noire

Un petit boulot : un grand moment de Iain Levison, entre chômage et ironie

Un petit boulot : un grand moment de Iain Levison, entre chômage et ironie

Sortie en poche, spécial numéro 100, avec couverture gauffrée, d'Un petit boulot, de Iain Levison. D'accord, le livre est sorti il y a dix ans mais quelle audace des éditions Liana Levi. Et quelle confiance dans l'auteur. Car, finalement, Levison n'a jamais rien écrit de mauvais. Il n'a pas une oeuvre gigantesque certes mais aucun de ces cinq romans n'est ne serait-ce que passable. Un petit boulot, c'est, encore une fois, la défense des petites gens, des laissés pour compte de l'Amérique, dans des comtés oubliés, au coeur d'Etat oublié. Et tout cela avec un humour corrosif, une ironie froide. Bref, de la littérature populaire exigeante.

Soit le Wisconsin et une ville ravagée par la fermeture des usines. Jake a ainsi perdu son job. Pas que travailler pour la construction de tracteurs l'ait épanoui mais, dans des pages très fortes, Iain Levison raconte à quel point ce prolétariat puisait dans ce job une raison de vivre, une certaine félicité et, surtout, l'indispensable sentiment d'être utile sur cette Terre. C'est cela qui mine profondément Jake. Le départ de sa copine, en fuite avec un commercial, n'est rien à coté de ce sentiment de n'être plus rien sans travail.
Il lui reste bien quelques amis. Et un grosse dette aussi. Auprès du bookmaker local. Qui lui propose de racheter ses 4 800 dollars de paris perdus en jouant les tueurs. La cible : la propre femme du bookmaker, ex-stripteaseuse qui s'enverrait en l'air avec un pilote de ligne.

Jake dit oui et son cheminement psychologique est tout sauf incohérent. " Je suis flatté. Pour la plupart des gens, être considéré comme le tueur à gagesidéal pourrait ne pas apparaître comme un compliment, mais pour un homme au chômage depuis neuf mois, c'est un honneru d'être respecté par quelqu'un, peu importe pour quoi. " L'auteur, dont le réalisme social est bien la marque, ne s'embarque pas pour autant dans un délire, genre Léon. Jake est maladroit, assez chanceux tout de même, et même fébrile. Mais il a aussi besoin de cet argent.

Un petit boulot est d'abord une immense critique de l'Amérique de Georges W Bush, en pleine désindustrialisation. Avec 211 pages, Levison, issu des classes laborieuses de Philadephie, nous parle mieux de son pays que n'importe quel supplément du Monde diplomatique. Un petit chef d'oeuvre qui a l'avantage de faire franchement rire. Bon, maintenant, il s'agirait de lire quelque chose de neuf de cet auteur !

Un petit boulot, Iain Levison, édition Liana Levi, 211 pages, 10 euros.

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