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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Le garçon et l'univers : l'Australie de la came... et un zeste de magie

Eli Bell a treize ans. Il vit à Darra, un quartier de Brisbane, Queensland, Australie. Son frère, Gus, plus vieux d'un an, est muet depuis ses six ans et, pour s'exprimer, écrit avec son doigt, dans l'air. Sa mère, Frances, ex-toxico, est en ménage avec Lyle, ex-taulard, ex-toxico, désormais clean et très amoureux tant de Frances, que d'Eli et Gus. La famille vit d'un trafic de drogues que les deux jeunes frères découvrent petit à petit, avec leurs yeux de pré-ados. Et puis il y a Slim, alias le Houdini de Boggo Road, le centre pénitentiaire local. Slim s'en est évadé deux fois, avant de tirer plusieurs décennies à l'ombre. C'est là-bas qu'il a connu Lyle et qu'il a accepté de s'occuper des gamins quand Lyle purgeait sa peine. Aujourd'hui (c'est le début des années 80, références à Conan le Barbare, 21 Jump street...) tout le monde est dehors mais Slim donne encore quelques leçons de vie aux deux frères, des paroles de sagesse acquises derrière les barreaux. Slim incite d'ailleurs Eli à écrire à un prisonnier qui n'a pas de famille, pas d'amis. Ainsi va la vie chez les Bell, entre les prémonitions de Gus, les rêves de Slim. Avant que tous deux découvrent une pièce secrète dans la maison. Une pièce avec un étrange téléphone rouge. Ils vont aussi faire connaissance, pour leur malheur, avec Tytus Broz, vieux caïd du coin...
Récit initiatique teinté de magie, Le garçon et l'univers, du scénariste Trent Dalton,est comme une gourmandise, entrechoquant le merveilleux monde de l'enfance et le sombre univers des adultes. C'est cette confrontation, le moteur du récit, entre la poésie de deux enfants qui inondent leur rue d'eau pour voir le reflet de la lune et la noirceur de parents coincés dans la misère et forcés de dealer pour s'en sortir. Le lecteur suit pendant quelques années, ce petit Eli, boule d'imagination, talentueux observateur de la vie et grand coeur. Le duo avec son frère se révèle une idée lumineuse, le mutisme de Gus faisant comme un écho à l'hyper activité d'Eli, permettant aussi de nourrir les rebondissements. On retient quelques scènes très fortes, lorsque les deux frangins se retrouvent au fond des toilettes du jardin. Ou quand ce pauvre homme vient se fracasser la tête contre la vitre d'un quotidien. Et cette bataille à coups de machettes entre gangs vietnamiens... Mais Le garçon et l'univers c'est aussi un beau roman d'amour familial, parce que le père, alcoolique et grand lecteur, arrive aussi dans le paysage et tous les quatre se soutiennent, s'entraident, même avec la peur au ventre.
Enfin, il s'agit là d'aventure. Eli contre les méchants. Le sel de l'histoire, c'est bien de savoir comment ce petit bonhomme va se débarrasser de Tytus Broz, faux bienfaiteur de la communauté.
Violent, tendre, drôle, quasi picaresque, avec un brin de magie, Le garçon et l'univers tient son pari sur 550 pages, sans faiblir, avançant frénétiquement dans son intrigue. Ce n'est peut-être pas le roman le plus original de la décennie mais c'est formidable de fraîcheur, de sensibilité, prenant le roman noir par un bout inattendu (le regard d'un enfant). C'est aussi une des rares occasions de lire un peu de littérature australienne.

Le garçon et l'univers (Boy swallows universe, trad. Maxime Shelledy et Souad Degachi), ed. Harper Collins, 554 Pages, 19 euros.

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